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Pourquoi un.e artiste a besoin de continuer à chercher

28 sept.
3 min de lecture

Pendant longtemps, j’ai pensé que le plus important, dans mon activité, était de réussir à faire fonctionner les différents morceaux qui la composent : préparer les ateliers, organiser les stages, remplir les groupes, développer les prestations de portraits dessinés en direct…


Tout cela fait partie du métier. Mais à la rentrée, je me suis souvenue que ce n’était pas l’essentiel. Je me suis retrouvée à la fin de l’été fatiguée et surtout, sans envie. Et ça m’a fait peur. Parce que mon activité repose précisément sur ce moteur, l'envie. Transmettre ma passion du dessin, de la peinture et du carnet de voyage demande une vraie disponibilité. Je ne peux pas simplement « assurer les séances ».

En regardant ce que j’étais en train de préparer pour la rentrée, j’ai compris que j’avais recommencé à penser mon activité presque exclusivement sous l’angle opérationnel. Et j’avais recommencé à oublier ma pratique.


Remettre la pratique au centre

Il y a cinq ans, si j’ai choisi de me reconvertir, c’était justement pour remettre la pratique artistique au centre de ma vie. Or, sans vraiment m’en rendre compte, j’étais en train de recommencer à la reléguer au second plan.


Avec l’aide d’un regard extérieur, j’ai pris le temps de revenir à ce que je veux construire à moyen et long terme : consacrer de plus en plus de temps à ma pratique artistique. J’ai donc décidé de réserver une journée par semaine à mes recherches artistiques. Une journée sans enjeu de rentabilité, sans atelier à préparer, sans produit à vendre. Une journée pour chercher, peindre et expérimenter. J’ai également bloqué deux semaines dans mon agenda pour des résidences artistiques.


Ce sont des décisions très concrètes, mais elles ont changé quelque chose dans ma manière d’envisager mon activité. J’ai retrouvé de l’allant.


Et surtout, j’ai compris à quel point la recherche artistique n’est pas un luxe que l’on s’accorde lorsqu’on a terminé tout le reste. Elle fait partie du métier d’artiste.


Chercher, c’est aussi regarder ce que font les autres

Ma pratique ne se nourrit évidemment pas uniquement de ce que je produis moi-même. Je vais voir des expositions. Je lis. Je regarde le travail d’autres artistes. Je m’intéresse à des sujets qui débordent largement du dessin et de la peinture.

Et lorsque je visite une exposition mon cerveau se met en ébullition.

Je fais des associations d’idées. Une œuvre me fait penser à une expérience que j’aimerais proposer. Une autre m’amène vers une question que j’ai envie d’explorer avec un groupe. Une exposition peut faire naître une nouvelle manière d’aborder le dessin ou l’aquarelle.


C’est notamment ce qui s’est passé avec le travail d’Edi Dubien.

Ses œuvres mettent notamment en relation les humains, les animaux et le monde végétal. En découvrant qu’il était présenté dans l’exposition NOUS, Sorcière & Sauvage, à Marseille, j’ai commencé à réfléchir à ce que je pourrais faire avec un groupe autour de ces croisements.


Une exposition avait nourri une idée, qui était devenue une proposition.

C’est une des raisons pour lesquelles j’ai presque toujours un carnet avec moi lorsque je visite une exposition. Je n’y dessine pas forcément ce que je regarde. J’y note surtout les idées qui arrivent. Parce que regarder le travail des autres artistes ne signifie pas chercher à les imiter. Cela permet de découvrir d’autres manières de regarder le monde. Et à partir de là, de commencer à construire son propre regard.


Ce que je transmets vient aussi de ce que je cherche

Je crois de moins en moins à la séparation entre ma pratique d’artiste et ma pratique de transmission. Ce que je cherche nourrit ce que je transmets.

Ce que j’expérimente dans ma peinture peut déplacer ma manière d’aborder un atelier. Une exposition peut faire naître une proposition. Une lecture peut ouvrir une nouvelle thématique. Une rencontre peut modifier ma façon de regarder un paysage.

Et les personnes que j’accompagne me renvoient à leur tour des choses qui nourrissent ma propre réflexion.


La transmission n’est donc pas, pour moi, la répétition de quelque chose que je maîtriserais déjà. Elle reste vivante parce que je continue moi-même à chercher.

C’est peut-être cela que j’avais oublié au début de cette rentrée. Je pensais devoir faire avancer mon activité. En réalité, j’avais besoin de continuer à faire avancer ma pratique. Et finalement, les deux ne sont pas séparées.


Pratiquer me permet de transmettre.Transmettre m’oblige à rester curieuse. Et rester curieuse me donne envie de pratiquer encore.






 
 
 

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